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  • Vingt-cinq ans d’évolution de l’emploi dans les professions culturelles

    Vingt-cinq ans d’évolution de l’emploi dans les professions culturelles

    En vingt-cinq ans, les effectifs des professions culturelles ont progressé de 70 %, soit une croissance près de quatre fois supérieure à celle de l’ensemble de la population active.
    Ce dynamisme s’accompagne de conditions d’emploi structurellement atypiques, non-salariat, pluriactivité, contrats courts, qui distinguent durablement ce secteur du reste du marché du travail.

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    Une expansion spectaculaire et inégale des effectifs

    Entre 1995 et 2019, les professionnels de la culture sont passés de 389 300 à 661 600 personnes (+70 %), tandis que l’ensemble des actifs en emploi ne progressait que de +19 %. En 2019, ils représentent 2,5 % des actifs occupés, contre 1,7 % en 1995.

    Cette croissance est toutefois très contrastée selon les familles professionnelles. Les professions des arts graphiques, de la mode et de la décoration enregistrent la hausse la plus spectaculaire (+190 %), portées par la révolution numérique et l’essor du design. Les cadres artistiques, de programmation et de production de l’audiovisuel voient leurs effectifs tripler (+203 %). À l’inverse, deux catégories reculent : les cadres et techniciens de l’archivage, de la conservation et de la documentation chutent de 57 % — victimes de restructurations et de la dématérialisation — et les métiers d’art perdent un quart de leurs effectifs (-25 %), fragilisés par la concurrence de la production industrielle.

    Famille professionnelleEffectifs 1995Effectifs 2019Évolution
    Arts graphiques, mode, décoration41 400120 000+190 %
    Cadres artistiques (audiovisuel)27 10082 100+203 %
    Architectes38 80077 700+100 %
    Arts visuels (ensemble)76 400184 300+141 %
    Professions littéraires68 60093 200+36 %
    Métiers d’art39 00029 300-25 %
    Archivage, conservation, documentation51 50022 300-57 %
    Total professions culturelles389 300661 600+70 %

    Un profil sociodémographique distinctif, en lente mutation

    Féminisation partielle : les femmes représentent 45 % des professionnels de la culture en 2019, soit légèrement moins que dans l’ensemble de la population active (48 %). Pourtant, elles constituent les deux tiers des étudiant·es en formations culturelles : un paradoxe qui révèle un plafond de verre persistant à l’entrée dans la profession. La progression est réelle (+4 points en vingt-cinq ans) mais inégale : les architectes féminisent rapidement leur profession (de 16 % à 38 % de femmes), et parmi les moins de 40 ans, leur part atteint 47 % en 2019. En revanche, les femmes demeurent très minoritaires chez les techniciens de l’audiovisuel (30 %) et dans les professions de l’audiovisuel et du spectacle (34 % en 2019). Seules les professions littéraires affichent une légère surreprésentation féminine (53 %), portée notamment par les autrices et traductrices (62 %).

    Vieillissement général : la part des moins de 40 ans dans les professions culturelles recule de 52 % à 43 % entre 1995 et 2019, en parallèle avec la tendance générale de la population active. Ce vieillissement ne concerne que les salariés ; à l’inverse, les non-salariés rajeunissent (38 % ont moins de 40 ans en 2019 contre 33 % en 1995), ce qui témoigne d’un renouvellement des pratiques entrepreneuriales dans le secteur.

    Élévation du niveau de diplôme : en 2019, 52 % des professionnels de la culture sont titulaires d’au moins un bac+3, contre 32 % en 1995 — une progression de 20 points, supérieure à celle de l’ensemble des actifs (+16 points pour atteindre 27 %). Les femmes culturelles sont plus diplômées que leurs homologues masculins (60 % contre 46 % au niveau bac+3 ou plus). Les métiers d’art constituent l’exception notable, avec 35 % de titulaires d’un CAP-BEP et 16 % sans diplôme.

    Une origine sociale favorisée : un cinquième des professionnels de la culture ont des parents cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure, soit trois fois plus que dans l’ensemble de la population active. La surreprésentation des milieux aisés est particulièrement marquée chez les journalistes, les architectes et les artistes des spectacles. Les enfants d’ouvriers ne représentent que 7 % des effectifs culturels, contre 18 % dans l’ensemble des actifs.

    Concentration francilienne stable : près de 4 professionnels de la culture sur 10 résident en Île-de-France, contre 1 actif sur 5 en moyenne nationale. Cette surconcentration est cohérente avec la présence de l’essentiel des entreprises et des institutions culturelles en région parisienne.

    Des conditions d’emploi structurellement précaires

    Le non-salariat, une réalité trois fois plus répandue : en 2019, 39 % des professionnels de la culture sont non-salariés, contre seulement 12 % dans l’ensemble de la population active. Cette part a même progressé de 8 points depuis 1995. Les photographes (81 %), les auteurs et traducteurs (75 %) et les artistes plasticiens (80 %) sont quasi exclusivement indépendants. Le non-salariat s’est particulièrement développé chez les femmes, passant de 20 % à 36 % en vingt-cinq ans.

    La pluriactivité, signe d’une atomisation de l’emploi : 15 % des professionnels de la culture exercent plusieurs activités professionnelles simultanément, contre 5 % dans l’ensemble des actifs. Les professeurs d’art et les artistes des spectacles salariés sont les plus concernés (31 % de pluriactifs). Cette pluriactivité est souvent subie : 60 % des salariés culturels pluriactifs travaillent à temps partiel dans leur activité principale, et 52 % d’entre eux n’ont pas la possibilité d’augmenter leur volume horaire.

    La fragmentation des contrats : la part des CDD parmi les salariés culturels est passée de 20 % à 29 % entre 1995 et 2019, soit le double du taux observé pour l’ensemble des salariés (14 %). Ces contrats sont souvent très courts : 43 % des salariés culturels en CDD ont un contrat de moins d’un mois, contre 7 % pour l’ensemble. Les artistes des spectacles (70 % en CDD) et les techniciens de l’audiovisuel (43 %) sont les plus exposés, notamment via le recours massif au CDD d’usage (CDDU), dispositif dérogatoire propre aux secteurs du spectacle vivant et de l’audiovisuel.

    Le réseau, premier vecteur d’accès à l’emploi : 38 % des salariés culturels ont trouvé leur emploi principal par leurs relations personnelles ou professionnelles, contre 32 % pour l’ensemble des actifs. Cette primauté du réseau — particulièrement forte chez les techniciens (47 %) et les cadres artistiques (42 %) — révèle la logique de réputation et de cooptation qui structure les marchés du travail culturels, notamment dans le spectacle vivant et l’audiovisuel.

    Des horaires atypiques généralisés : 56 % des professionnels de la culture sont soumis à au moins un horaire atypique (travail le soir, la nuit, le week-end), contre 41 % pour l’ensemble des actifs. Les photographes et les artistes des spectacles sont les plus exposés (70 % chacun). Plus d’un tiers des professionnels de la culture ont des horaires variables d’une semaine sur l’autre, soit le double de la moyenne nationale.

    Points clés à retenir

    En vingt-cinq ans, les professions culturelles ont connu une transformation profonde : forte croissance des effectifs dans les métiers numériques et de l’audiovisuel, recul des savoir-faire artisanaux et des professions patrimoniales, élévation du niveau de formation et lente féminisation. Ces mutations s’inscrivent dans des tendances communes à l’ensemble du marché du travail, mais avec des ampleurs systématiquement supérieures : qu’il s’agisse du recours au non-salariat, de la fragmentation contractuelle ou de la pluriactivité. Le secteur culturel reste ainsi un laboratoire avancé des transformations du travail contemporain, où flexibilité et passion professionnelle se conjuguent souvent avec précarité économique.

  • Les métiers artistiques : conditions d’emploi spécifiques et disparités de revenus marquées

    Les métiers artistiques : conditions d’emploi spécifiques et disparités de revenus marquées

    En vingt ans, les effectifs des métiers artistiques ont quasi doublé en France, mais cette croissance spectaculaire masque des conditions d’emploi profondément atypiques et des inégalités de revenus parmi les plus marquées du marché du travail.

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    Périmètre et définition

    L’étude s’appuie sur la nomenclature PCS 2003 et porte sur 365 000 professionnels exerçant à titre principal un métier artistique en 2009, répartis en cinq grandes familles : les artistes et professionnels technico-artistiques des spectacles (186 300), les professionnels des arts graphiques, de la mode et de la décoration (91 700), les artistes plasticiens et photographes (52 600), les métiers d’art (23 600) et les auteurs littéraires (10 600). Les architectes sont explicitement exclus du champ, en raison d’un cadre réglementaire très structuré qui les distingue nettement des autres professions artistiques.

    Une croissance historique portée par deux dynamiques

    Entre 1990 et 2009, les effectifs sont passés de 202 000 à 365 000 professionnels, soit +81 %, alors que l’ensemble de la population active n’augmentait que modérément sur la même période. Le poids des métiers artistiques dans l’emploi total atteint désormais 1,4 %.

    Cette expansion résulte de deux tendances conjointes : la hausse durable des dépenses culturelles des ménages (la part consacrée aux spectacles et au cinéma est passée de 0,33 % en 1990 à 0,65 % en 2010) et la croissance de l’offre publique et privée. L’État a massivement soutenu la création de structures fixes (centres dramatiques, orchestres régionaux, conservatoires) tout en finançant une multitude de projets courts et de microstructures. Cette logique de « projet » a profondément reconfiguré l’organisation du travail, notamment dans le spectacle.

    Les arts graphiques, de la mode et de la décoration enregistrent la progression la plus forte (+124 %), portés par l’essor du design numérique, du webdesign et de l’animation 3D. Les métiers du spectacle suivent (+93 à +104 %). À l’inverse, les métiers d’art sont les seuls en recul : les ouvriers d’art ont diminué d’un quart, traduisant le recul général de l’artisanat face à la production industrialisée.

    Un profil sociodémographique homogène et élitiste

    Les professionnels des métiers artistiques partagent plusieurs caractéristiques communes qui les distinguent nettement de l’ensemble des actifs en emploi.

    IndicateurMétiers artistiquesEnsemble des actifs
    Part de femmes (2009)39 %47 %
    Moins de 40 ans49 %45 %
    Diplôme Bac+3 ou plus27 %18 %
    Résidence en Île-de-France43 %21 %
    Père cadre supérieur25 %11 %

    La féminisation reste limitée et inégale selon les métiers : les arts graphiques atteignent la parité (49 %), tandis que la photographie reste le domaine le plus masculin (29 % de femmes). Les métiers du spectacle, marqués par des horaires atypiques (soirées, nuits, week-ends), constituent un frein structurel à l’entrée des femmes ayant des responsabilités familiales.

    La concentration géographique en Île-de-France est frappante : 53 % des auteurs littéraires et 48 % des technico-artistiques du spectacle y résident ; et reflète la centralisation des institutions culturelles, des réseaux de production et des publics les plus consommateurs. Elle reste néanmoins en léger recul par rapport à 1990 (48 %), effet des politiques de décentralisation.

    L’origine sociale favorisée est une autre singularité forte : un quart des professionnels a un père cadre supérieur (contre 11 % en moyenne), avec un pic chez les artistes plasticiens (30 %). La reproduction sociale joue ici un rôle décisif, notamment pour les métiers non salariés où le capital familial peut compenser l’absence de revenus stables en début de carrière.

    Des conditions d’emploi atypiques

    Statut d’emploi : environ un tiers des professionnels est non salarié, soit trois fois plus que dans l’ensemble des actifs (11 %). Ce non-salariat est quasi-systématique pour les auteurs littéraires, les artistes plasticiens et les photographes, alors que les ouvriers d’art et les technico-artistiques du spectacle sont majoritairement en CDI. Les artistes des spectacles, eux, travaillent principalement sous contrats courts (62 % en contrat temporaire), ce qui fonde le régime spécifique de l’intermittence.

    Le régime de l’intermittence mérite une attention particulière. La Caisse des congés spectacles dénombrait 83 000 artistes et 72 000 techniciens intermittents en 2009, des effectifs multipliés par 4,5 depuis 1986. Dans le même temps, le nombre moyen de contrats par intermittent a triplé (de 5 à 15/an), mais leur durée s’est effondrée : un contrat artistique dure en moyenne moins de 3 jours en 2009, contre 17 jours en 1986. Le revenu annuel moyen tiré de l’activité s’est en conséquence fortement réduit, passant de 17 000 € à 9 200 € pour les artistes (euros constants 2009). La part des allocations chômage représente désormais 51 % du revenu total des artistes intermittents, contre 37 % pour les techniciens.

    Temps de travail : la durée moyenne hebdomadaire est de 36 heures, proche de la moyenne nationale, mais masque des disparités considérables. Les photographes, auteurs et artisans d’art déclarent environ 40 heures, tandis que les artistes des spectacles n’atteignent que 29 heures : reflet d’un fort taux de temps partiel subi (52 % d’entre eux sont à temps partiel, dont 59 % faute d’avoir trouvé un temps plein). Plus de la moitié des artistes des spectacles à temps partiel sont en situation de sous-emploi.

    Les horaires atypiques sont omniprésents : plus d’un professionnel sur deux travaille en horaires variables d’une semaine sur l’autre (contre un sur quatre en moyenne), et environ 80 % des artistes des spectacles et des auteurs travaillent habituellement ou occasionnellement le soir et le dimanche.

    Des revenus parmi les plus inégaux du marché du travail

    La concentration des revenus dans les métiers artistiques est particulièrement sévère. Parmi les artistes des spectacles salariés, les 10 % les mieux rémunérés captent plus de la moitié de la masse salariale totale de la profession, tandis que les 50 % les moins bien rémunérés ne perçoivent que 3 % de cette masse : un niveau d’inégalité sans équivalent dans les autres secteurs.

    Pour les non-salariés, les données issues de l’Agessa et de la Maison des artistes (qui ne couvrent que les affiliés) confirment cette tendance : la concentration est extrême chez les auteurs-compositeurs (50 % des affiliés se partagent 7,5 % des droits, tandis que les 10 % les mieux dotés en perçoivent près de la moitié), et plus modérée chez les graphistes. Cette dispersion extrême des revenus, combinée à la volatilité de l’activité et aux horaires atypiques, constitue la marque structurelle des métiers artistiques : des secteurs à forte attractivité sociale, mais à forte insécurité économique pour la majorité de ceux qui les exercent.

  • Les métiers et les formations de l’enseignement supérieur Culture 2024

    Les métiers et les formations de l’enseignement supérieur Culture 2024

    Le ministère de la Culture pilote un réseau de 99 établissements d’enseignement supérieur accueillant plus de 36 000 étudiants, couvrant cinq grands domaines artistiques et culturels, du bac au doctorat.

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    Vue d’ensemble du réseau

    L’enseignement supérieur Culture constitue un dispositif national structuré autour de cinq filières : architecture et paysage, patrimoine, arts et design, spectacle vivant, cinéma et audiovisuel. Ces établissements sont placés sous tutelle principale ou sous contrôle pédagogique du ministère de la Culture et délivrent plus de 40 diplômes nationaux reconnus dans le cadre du schéma LMD européen. La professionnalisation est au cœur du projet pédagogique : les enseignements sont majoritairement assurés par des professionnels en activité, et des stages obligatoires jalonnent les cursus.

    IndicateurChiffre
    Établissements99
    Diplômes nationaux+40
    Étudiants (2023-2024)+36 000

    Les cinq filières : chiffres clés et spécificités

    DomaineÉtudiantsÉtablissementsTaux d’emploi (3 ans)
    Architecture et paysage18 90020 ENSA + École de Chaillot92 %
    Arts et design11 40044 écoles sup. d’art et design83 %
    Spectacle vivant3 80033 établissements96 %
    Patrimoine1 800École du Louvre + INP89 %
    Cinéma et audiovisuel340La Fémis + INA Campus93 %

    Architecture et paysage

    Les 20 écoles nationales supérieures d’architecture (ENSA), placées sous tutelle conjointe du ministère de la Culture et du ministère de l’Enseignement supérieur, forment les architectes selon un cursus en trois cycles : licence (DEEA, 3 ans), master (DEA, 2 ans) et doctorat (3 ans). Une habilitation complémentaire (HMONP, 1 an) est nécessaire pour exercer en nom propre. Le réseau compte 35 unités de recherche et 14 écoles proposent des doubles cursus architecte-ingénieur (7 ans minimum). Les ENSAP de Bordeaux et Lille délivrent également le diplôme d’État de paysagiste (grade master). L’École de Chaillot forme quant à elle des architectes spécialisés dans la conservation du patrimoine (DSA, post-master). L’admission en ENSA se fait via Parcoursup, sur dossier puis entretien, sans restriction de filière au baccalauréat. Entre 150 et 200 professionnels accèdent chaque année aux diplômes par la voie de la formation continue diplômante.

    Patrimoine

    Deux institutions nationales structurent cette filière. L’École du Louvre dispense un enseignement en archéologie, histoire de l’art et muséologie, de la licence (3 ans) au doctorat (3 ans), avec des doubles diplômes en partenariat avec Sciences Po et l’ESSEC. L’Institut national du patrimoine (INP) recrute par concours les conservateurs du patrimoine (5 spécialités : archéologie, archives, monuments historiques, musées, patrimoine scientifique) et les restaurateurs (7 spécialités). La formation de conservateur dure 18 mois après concours ; celle de restaurateur conduit à un diplôme de grade master en 5 ans. L’INP est également le premier opérateur français de formation continue pour les professionnels du secteur. Des concours de la fonction publique (État et territoriale) permettent d’exercer en musée, direction régionale des affaires culturelles ou établissement patrimonial.

    Arts et design

    Ce domaine regroupe 44 écoles supérieures d’art et design : 10 établissements publics nationaux (ENSBA, ENSAD, ENSCI, Villa Arson, ENSP Arles…) et 34 écoles territoriales ou associatives. Les formations s’organisent en trois options : art, design, communication, et conduisent au DNA (licence, 3 ans) puis au DNSEP (master, 2 ans), diplômes inscrits au RNCP. En moyenne, 86 % des diplômés sont insérés professionnellement, dont 72 % dans le champ du diplôme et 51 % créent leur propre structure. La pluriactivité est un trait dominant : enseignement artistique, création indépendante et médiation culturelle se combinent fréquemment. Des formations doctorales par la pratique (SACRe-PSL, RADIAN-Normandie, CRD-ENS Paris-Saclay…) s’adressent aux titulaires d’un master. L’apprentissage se développe dans plusieurs écoles (Limoges, Nantes, Orléans, Reims, Saint-Étienne). La Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) est possible pour le DNA et le DNSEP dans de nombreux centres en régions.

    Spectacle vivant

    Ce domaine couvre la musique, la danse, le théâtre, le cirque et les arts de la marionnette, au sein de 33 établissements supérieurs. Le secteur recense plus de 250 métiers. Les diplômes se répartissent en deux grandes catégories : les DNSP d’artiste-interprète (musicien, danseur, comédien, artiste de cirque, acteur-marionnettiste), délivrés en 3 ans, et les Diplômes d’État (DE) de professeur. Au niveau master, les Conservatoires nationaux supérieurs de musique et de danse de Paris et de Lyon (CNSMDP et CNSMDL) délivrent des diplômes de 2ᵉ cycle conférant grade de master. Des 3ᵉ cycles doctoraux existent en partenariat avec des universités (SACRe-PSL, doctorat de musique à Sorbonne Université). L’admission se fait hors Parcoursup, sur concours ou examen, avec une importance centrale accordée au niveau de pratique artistique. Plusieurs établissements proposent des formations en alternance (DNSP Comédien, Danseur, Musicien, Arts du Cirque).

    Cinéma et audiovisuel

    Deux établissements constituent cette filière très sélective. La Fémis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son), sous tutelle du ministère de la Culture et financée par le CNC, accueille environ 50 étudiants par an sur concours, répartis en 10 départements (Réalisation, Scénario, Image, Son, Montage, Décor, Production, Scripte, Distribution-Exploitation, Écriture de séries). La formation dure de 1 à 4 ans selon les départements. INA Campus propose des formations de niveau bac+3 (Documentaliste multimédias, Ingénierie sonore, Motion design) et des masters (Production audiovisuelle, Patrimoines audiovisuels). Les deux établissements développent des programmes d’égalité des chances et entretiennent de nombreux partenariats internationaux. Le secteur est en constante évolution technique, avec une intégration croissante du numérique, de l’animation 3D et de nouvelles écritures audiovisuelles.

    Points transversaux à retenir

    L’ensemble du réseau partage plusieurs caractéristiques structurantes. L’admission se fait quasi systématiquement sur concours ou examen, avec des critères de motivation et d’aptitudes artistiques déterminants. Tous les diplômes sont intégrés dans le schéma LMD européen et permettent la capitalisation de crédits ECTS. La mobilité internationale est encouragée dans toutes les filières. Des dispositifs d’égalité des chances (Fondation Culture & Diversité, Prépa Talents à l’INP, programme Résidence à La Fémis) visent à diversifier les profils. Enfin, la formation continue diplômante et la VAE offrent des voies d’accès pour les professionnels en reconversion ou en évolution de carrière.

  • IFPI Global Music Report 2024

    En 2023, le marché mondial de la musique enregistrée atteint 28,6 milliards de dollars, porté par une neuvième année consécutive de croissance et une domination affirmée du streaming, qui représente désormais les deux tiers des revenus globaux.

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    Performances globales du marché

    Le marché mondial de la musique enregistrée affiche en 2023 un taux de croissance de +10,2 %, second taux le plus élevé jamais enregistré. Cette dynamique est généralisée : toutes les régions du monde progressent, et cinq d’entre elles affichent une croissance à deux chiffres. Le streaming demeure le moteur structurel de cette expansion, totalisant 67,3 % des revenus mondiaux, dont 48,9 % issus des abonnements payants seuls (+11,2 %). Le nombre d’abonnés payants dans le monde atteint 667 millions.

    FormatCroissance 2023Part de marché
    Streaming total+10,4 %67,3 %
    dont abonnements payants+11,2 %48,9 %
    dont streaming publicitaire18,5 %
    Physique (CD, vinyle)+13,4 %17,8 %
    Droits voisins+9,5 %9,5 %
    Synchronisation+4,7 %2,2 %
    Téléchargements numériques-2,6 %3,2 %

    Le physique enregistre sa troisième année consécutive de hausse, stimulé par l’engouement pour le vinyle et les ventes de K-Pop. Seul les téléchargements numériques reculent, mais à un rythme bien moindre qu’en 2022 (-11,8 %).

    Dynamiques régionales

    La croissance est véritablement mondiale, avec des marchés émergents qui surpassent les marchés établis en termes de rythme d’expansion.

    RégionCroissance 2023Fait marquant
    Amérique du Nord (USA + Canada)+7,4 %40,9 % des revenus mondiaux
    Europe+8,9 %28,1 % de part de marché mondiale
    Asie+14,9 %Chine : +25,9 %; Japon : +7,6 %
    Amérique latine+19,4 %14e année consécutive de croissance
    MENA+14,4 %Streaming = 98,4 % des revenus régionaux
    Afrique subsaharienne+24,7 %Région à la croissance la plus rapide
    Océanie+10,8 %Australie : +11,3 %
    Inde+15,3 %14e marché mondial, fort potentiel

    L’Afrique subsaharienne constitue le signal le plus fort d’un rééquilibrage géographique de l’industrie musicale. L’Amérique latine confirme quant à elle son rôle de locomotive de la musique hispanique mondiale, avec des artistes comme Karol G ou Feid désormais compétitifs sur les charts américains et européens.

    Top artistes, albums et singles mondiaux 2023

    Le classement mondial des artistes (IFPI Global Recording Artist Chart) intègre tous les modes de consommation, pondérés selon leur valeur relative.

    Top 10 artistes mondiaux : Taylor Swift (n°1), Seventeen, Stray Kids, Drake, The Weeknd, Morgan Wallen, Tomorrow X Together, NewJeans, Bad Bunny, Lana Del Rey.

    La K-Pop s’impose comme phénomène structurel : 6 artistes K-Pop figurent dans le top 20 mondial, reflétant l’économie du « superfan » (achats physiques multiples, engagement communautaire intense). Le single le plus streamé de l’année est Flowers de Miley Cyrus avec 2,70 milliards de streams en équivalent mondial, devant Calm Down (Rema & Selena Gomez) et Kill Bill (SZA).

    La valeur ajoutée des maisons de disques

    L’IFPI défend une vision du label comme partenaire stratégique de l’artiste, bien au-delà de la simple distribution. Les maisons de disques investissent collectivement 7,1 milliards de dollars par an dans le développement artistique et le marketing (3,9 Md$ en développement artistique, 3,2 Md$ en marketing). Entre 2016 et 2021, la rémunération des artistes a progressé de 96 %, soit une hausse presque deux fois supérieure à celle des revenus des majors (+63 % sur la même période). La part des revenus versés aux artistes a atteint 34,9 % du chiffre d’affaires mondial en 2021.

    Les services proposés couvrent un spectre très large : développement créatif (sessions studio, écriture, enregistrement, production), services de contenus (photo, vidéo, réseaux sociaux), marketing ciblé, distribution mondiale, promotion multicanale (TV, radio, podcasts, streaming), opportunités de synchronisation et partenariats de marque. Le cas Jon Batiste chez Verve Records (Universal) ou celui de SZA chez RCA illustrent comment ce modèle permet à des artistes de passer d’un rayonnement local à une visibilité mondiale.

    Innovation et enjeux technologiques

    Les maisons de disques se positionnent comme acteurs majeurs de l’innovation, notamment dans trois domaines :

    Intelligence artificielle : l’IA générative est identifiée à la fois comme opportunité et comme menace. Des projets pilotes émergent — Warner Music travaille sur un biopic animé consacré à Édith Piaf reconstituant sa voix par IA en accord avec les ayants droit ; Sony Music a lancé le projet Metallic Spheres in Colour AI Global Remix, permettant aux fans de réimaginer un album via IA générative. L’industrie réclame cependant un cadre réglementaire clair : selon une étude IFPI auprès de 43 000 consommateurs dans 26 pays, 76 % estiment qu’une œuvre ne doit pas être utilisée sans permission et 73 % exigent la transparence sur les données d’entraînement des IA.

    Jeu vidéo et expériences immersives : Sony Music Immersive Studios a développé une expérience Fortnite intégrée pour l’artiste Iniko, transposant un clip vidéo 2D en environnement de jeu 3D — première mondiale du genre.

    Streaming et nouveaux modèles : Deutsche Grammophon (UMG) a lancé STAGE+, plateforme dédiée à la musique classique intégrant vidéo 4K, Dolby Atmos et live streaming, disponible sur Apple Vision Pro.

    Environnement réglementaire et défis sectoriels

    Le rapport identifie trois menaces majeures pour la viabilité à long terme de l’écosystème :

    1. L’IA générative non licenciée : des développeurs entraînent leurs modèles sur des contenus protégés sans autorisation ni rémunération, créant une concurrence directe avec les œuvres originales. L’IFPI salue le règlement européen sur l’IA, première législation mondiale imposant transparence et respect du droit d’auteur aux acteurs de l’IA.

    2. Le piratage numérique : persistant malgré les progrès législatifs, il nécessite des mécanismes de blocage efficaces et transfrontaliers.

    3. La fraude au streaming : la création d’écoutes artificielles fausse les classements, détourne des revenus des artistes légitimes et érode la confiance dans les plateformes. L’IFPI a obtenu la fermeture de sites frauduleux en Allemagne et au Brésil et poursuit ses actions en justice.

    Points de vigilance pour le lecteur

    Le rapport est produit par l’IFPI, organisation représentant les intérêts des producteurs phonographiques. La perspective défendue valorise naturellement le rôle des maisons de disques et la nécessité d’un encadrement strict de l’IA et du piratage. Les données chiffrées (revenus, parts de marché) sont collectées directement auprès des membres et constituent une source de référence solide, mais l’analyse qualitative reflète le positionnement institutionnel de l’organisation.

  • Les chœurs amateurs et leurs cheffes et chefs : enjeux et préconisations

    Issu d’un cycle de rencontres régionales rassemblant près de 300 acteurs du monde choral en France, ce document formule des constats partagés et 67 préconisations concrètes autour de quatre grands axes : le rôle sociétal du chant choral, la fonction de chef·fe de chœur, la vie interne des associations et la structuration du secteur.

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    1. Contexte et méthode

    Le collectif Choral.fr — fédérant l’IFAC, À Cœur Joie, la CMF et quatre missions voix régionales — a lancé en 2021 une grande enquête sur les relations entre chœurs amateurs et leurs chef·fes. Les résultats ont alimenté un cycle de consultations territoriales jusqu’en 2025, réunissant des profils très divers : chefs·fes, choristes, enseignants, représentants de conservatoires, de collectivités territoriales et de fédérations. Ce document en est la synthèse opérationnelle.

    2. Le rôle sociétal du chant choral

    Le chant choral touche 3,5 millions de pratiquants réguliers en France, soit 3 à 5 % de la population adulte. C’est l’une des pratiques musicales amateurs les plus accessibles, à forte dimension éducative, civique et socialisante. Son profil démographique est marqué par une forte féminisation et une surreprésentation des adultes et des seniors, mais aussi par une ouverture à des personnes sans expérience musicale préalable.

    Malgré cette amplitude, le secteur souffre d’un déficit de visibilité publique et politique. Les acteurs déplorent un sentiment d’isolement et une faible reconnaissance institutionnelle, notamment en milieu rural où l’accessibilité à la pratique est menacée. Le lien avec l’Éducation nationale reste distendu, alors que des convergences d’intérêt existent (formation, réseaux, animation territoriale).

    DimensionConstats clés
    Audience3,5 M de pratiquants réguliers (3–5 % des adultes)
    ProfilMajorité féminine, adultes et seniors surreprésentés
    AccessibilitéFragilisée en milieu rural ; manque de voix masculines
    ReconnaissanceFaible auprès du grand public et des élus
    Lien éducatifDistendu avec l’Éducation nationale et les conservatoires

    Préconisations prioritaires : créer des espaces de dialogue sectoriels, communiquer sur les valeurs d’inclusivité et de lien social, développer des approches spécifiques pour les seniors, renforcer les liens avec l’éducation populaire (MJC, foyers ruraux) et les institutions scolaires.

    3. La fonction de chef·fe de chœur

    Professionnalisation et rémunération

    Historiquement dominée par le bénévolat, la fonction de chef·fe de chœur connaît une professionnalisation rapide : 60 % des chef·fes sont aujourd’hui rémunéré·es, contre une majorité de bénévoles il y a encore deux décennies. Cette évolution, portée par une meilleure formation initiale, rebat les équilibres de gouvernance au sein des associations et génère de nouveaux besoins en compétences RH et juridiques. La profession reste toutefois sans statut ni cadre d’emploi reconnu, et 58 % des chef·fes sont des femmes.

    IndicateurDonnées
    Part de chef·fes rémunéré·es60 %
    Part de femmes chef·fes58 %
    Statut professionnel reconnuInexistant à ce jour
    Cadres d’emploi émergentsEntreprises, établissements de santé, milieu scolaire

    Renouvellement et formation

    L’étude alerte sur un besoin de renouvellement urgent : les départs prévisibles dans les années à venir excèdent largement les capacités de formation actuelles. Les viviers prioritaires identifiés sont les choristes expérimenté·es et les instrumentistes, à condition de les encourager et de les accompagner. La formation initiale est jugée insuffisamment adaptée aux réalités des chœurs associatifs (compétences relationnelles, animation de groupe, gestion associative). Une certification nationale reconnue (type RNCP) est largement souhaitée par les acteurs.

    Préconisations prioritaires : inciter les conservatoires à former à la direction, développer le tutorat/compagnonnage, créer une fiche métier et une grille de rémunération adossée à des compétences certifiées, valoriser l’expérience bénévole, élargir et coordonner l’offre de formation sur tout le territoire.

    4. La vie interne des chœurs

    Près de 90 % des chœurs sont constitués en association autonome, ce qui implique des enjeux spécifiques de gouvernance, de gestion administrative et de recrutement. Les rencontres ont mis en lumière trois nœuds de tension récurrents.

    Le recrutement des chef·fes est complexifié en milieu rural. Face à la pénurie, des modèles alternatifs émergent : chef·fes mutualisé·es entre plusieurs chœurs, direction collégiale, itinérance. La définition claire des prérogatives respectives (bureau vs chef·fe) reste souvent absente, source de conflits.

    Le recrutement des choristes est fragilisé par des contraintes croissantes : coût des déplacements, concurrence des loisirs, déséquilibre entre pupitres (manque d’hommes chronique), vieillissement des effectifs. Le cycle de vie des chœurs — naissances et disparitions — est peu accompagné.

    Les lieux de pratique constituent un enjeu critique : très peu d’espaces sont conçus pour la pratique chorale amateur en France. Le repli sur les églises, par défaut, entretient une association erronée entre chant choral et musique religieuse, et soumet les chœurs à des contraintes de répertoire.

    Préconisations prioritaires : outiller les associations dans la rédaction de leur projet artistique et la définition des rôles, développer l’assistance RH via des centres de gestion ou fédérations, faciliter l’accès aux locaux (partenariats avec établissements d’enseignement, mise à disposition d’écoles en rural), négocier un cadre national d’utilisation des églises.

    5. La structuration du monde choral

    Le monde choral souffre d’une structuration insuffisante : la majorité des chœurs restent hors des fédérations existantes, les missions régionales se raréfient, et l’interconnaissance entre acteurs est faible. Ce relatif isolement empêche la mutualisation de ressources (lieux, partitions, formations) et affaiblit la capacité du secteur à peser dans les décisions politiques.

    Les acteurs expriment un fort désir de mise en réseau mais se heurtent à des obstacles concrets qu’aucune structure isolée ne peut dépasser seule. La perception publique du chant choral reste figée dans des représentations stéréotypées qui en invisibilisent la richesse et la diversité.

    Préconisations prioritaires : mettre en place un annuaire national actualisé des chœurs, créer des espaces réguliers d’échange (forums, ateliers), développer des outils mutualisés, soutenir les structures fédératives existantes, initier des projets transversaux (amateurs/professionnels/institutions), porter un plaidoyer politique convergent pour obtenir des décisions favorables au secteur.

    Synthèse des axes d’action (67 préconisations)

    AxeNb de préconisationsPriorités opérationnelles
    Rôle sociétal et visibilité15 (n°1–15)Dialogue public, inclusivité, ancrage territorial
    Fonction de chef·fe21 (n°16–36)Formation, certification, rémunération, bénévolat
    Vie interne des chœurs18 (n°37–54)Gouvernance, recrutement, lieux de pratique
    Structuration du secteur13 (n°55–67)Réseaux, annuaire, reconnaissance publique
  • Construction d’une image de la perception pour les musiciens

    Construction d’une image de la perception pour les musiciens

    Introduction 

    Le service audiovisuel du Conservatoire a dans ses missions une activité de recherche. Cette recherche s’est orientée depuis l’origine vers la compréhension et la restitution de l’espace sonore et sa restitution, car c’est un domaine fondamental pour l’enregistrement de la musique. 

    Cet article présente ces recherches et oriente vers les différentes publications produites par le service audiovisuel et présentes sur le site. 

    L’espace sonore naturel est généralement perçu avec l’espace visuel. Les informations se complètent et se renforcent pour créer notre sensation d’espace. Dans cette sensation, la mémoire joue un rôle essentiel car nous avons grandi avec ces informations et elles font partie de notre construction de la réalité. 

    La transmission audiovisuelle implique une modification de ces informations. D’une part, parce que l’on peut donner à entendre les sons sans l’image (écoute acousmatique). D’autre part, parce que même avec l’image, cette transmission pose le problème de représenter un espace (celui de la captation), dans un autre espace (celui de l’auditeur/spectateur) avec un procédé technique possédant des limites en matière de transmission de l’information. 

    Le développement des systèmes multicanaux destinés au cinéma, la réalité virtuelle et les techniques binaurales/transaurales viennent remettre en question les techniques de stéréophonie utilisées depuis plus de cinquante ans. Pour répondre à ces questions, qui constituent toujours un sujet d’étude, il faut analyser l’information utilisée par la perception pour construire l’espace sonore. 

    L’espace sonore naturel : sources sonores et réverbération 

    Les sources sonores sont les objets qui, par leur vibration, produisent les ondes sonores, par exemple un instrument de musique. Ces ondes sonores ont des caractéristiques spectrales (ensemble des fréquences émises des plus graves aux plus aiguës) dépendant de la direction de l’espace, ayant pour origine le ou les centres acoustiques de la source, que l’on considère : on parle de directivité de la source. 

    Fig 1. Sources plus (à droite) ou moins (à gauche) directives 
    Fig 1. Sources plus (à droite) ou moins (à gauche) directives 

    L’oreille localise la direction de provenance de l’onde par deux mécanismes : la perception de la différence de temps d’arrivée de l’onde entre les deux oreilles et la perception de la différence d’intensité en fonction de la fréquence, créée par la modification apportée par le corps, la tête et les pavillons des oreilles, à l’onde sonore parvenant à chacune des oreilles. 

    Fig 2. Evolution de la différence de temps d'arrivée entre les deux oreilles en fonction de l'angle d'incidence de la source (à gauche) et différence de niveau en fonction de la fréquence, pour un angle d'incidence donné (à droite)
    Fig 2. Evolution de la différence de temps d’arrivée entre les deux oreilles en fonction de l’angle d’incidence de la source (à gauche) et différence de niveau en fonction de la fréquence, pour un angle d’incidence donné (à droite) 

    L’identification de la direction de provenance de l’onde directe n’est qu’une partie de l’information dont dispose la perception sur l’espace sonore, l’autre partie vient de la perception comparée du son direct et du son réverbéré par l’espace environnant. 

    Les différents éléments constituant les limites de l’espace entourant la source (murs, sols, plafonds, etc.) vont réfléchir le son vers l’auditeur et vers les autres éléments, créant ainsi une réverbération dont la perception va apparaître comme une signature sonore du lieu dans lequel se trouve la source. Cette forme sonore de la réverbération se révèle à la perception par la manière dont elle étire dans le temps les composantes spectrales provenant de la source, modifiant ainsi le timbre de l’instrument. Cet étirement dans le temps des composantes du son va aussi lier ensemble les notes, exactement comme une pédale forte de piano, favorisant le légato et jouant donc un rôle important dans les conditions de perception de la musique. Pour les réverbérations longues, les arpèges vont être plus perçus comme des accords. 

    Fig 3. Sonagramme d’un son direct Sonagramme et du même son réverbéré 
    Fig 3. Sonagramme d’un son direct Sonagramme et du même son réverbéré 

    Il faut comprendre que même si la réverbération est courte, elle joue un rôle essentiel dans la perception de l’espace. 

    Toute l’information contenue dans l’énergie réverbérée arrivant 1/10° de seconde après le son direct, que l’on appellera l’énergie précoce de la réverbération, permet d’établir une relation entre la source sonore et les surfaces environnantes. 

    Par opposition, l’information contenue dans l’énergie réverbérée arrivant après l’énergie précoce, que l’on appellera la réverbération tardive, permet quant à elle, d’établir les caractéristiques de l’espace global dans lequel se situe la source : sa couleur sonore, son volume, etc. Cette analyse s’appuie notamment sur la perception conjointe de la longueur de la réverbération et de sa transparence modale : plus la réverbération est longue, plus la salle paraît grande, pour autant que les modes de la salle soient suffisamment denses. Une réverbération longue avec des modes isolés, donc peu denses, évoquera plus une salle de bain qu’une cathédrale. 

    La perception des rapports de niveau entre le son direct, l’énergie précoce et la réverbération tardive conduit à une appréciation de la distance du son. Globalement, plus le son s’étire dans le temps, plus il est perçu à une distance lointaine. Le niveau global du son intervient conjointement : plus il est élevé, plus cela rapproche perceptivement les sources 

    Par l’écoute naturelle, nous percevons donc grâce à ces informations les sons en trois dimensions (avant, arrière, gauche, droite, dessus, dessous et en profondeur). Cette capacité d’analyse de l’espace est facilitée par nos mouvements de tête, qui permettent de lever les indéterminations. Si nous tournons la tête vers la gauche, une source sonore placée devant nous se déplace vers la droite, une source placée derrière nous se déplace vers la gauche. 

    Cette écoute en trois dimensions est importante pour la perception de la qualité sonore. En effet, le cerveau distingue ces différentes dimensions et utilise cette propriété pour mieux analyser les sons. Deux sons provenant de la même direction auront tendance à fusionner s’ils comportent des fréquences communes, alors qu’ils seront perçus plus isolés s’ils proviennent de directions différentes. On appelle cette propriété le démasquage binaural. Cette propriété joue un rôle important dans la perception de la réverbération en écoute naturelle et est essentielle pour apprécier toute la complexité du son dans une grande salle de concert, par exemple. Il y a donc un véritable enjeu musical dans la qualité de la représentation du son. 

    La reproduction de l’espace sonore : stéréophonie, multicanal, binaural et transaural 

    Tout d’abord, la reproduction du son implique des signaux sonores. Ces signaux acoustiques deviennent par les microphones et les préamplificateurs des signaux électriques sous une forme analogique, puis sont convertis et deviennent des signaux numériques pour être mélangés, traités et réduits au format de diffusion souhaité (stéréophonie à 2 canaux, multicanal, binaural et transaural). Ils sont de nouveau convertis à l’état de signal électrique analogique, puis amplifiés et diffusés par des enceintes acoustiques pour redevenir des sons. 

    Aucune de ces opérations n’est neutre. La transmission du son implique donc des variations de couleur spectrale et des distorsions. Ces distorsions transforment les variations de formes subtiles créées par la réverbération et suppriment une partie des informations d’espace. La qualité de l’espace sonore dépend donc directement de la qualité du matériel utilisé par l’auditeur pour reproduire le son. Il y a donc un aspect socio-économique à la question de la transmission de l’espace sonore, même si, par exemple au casque, on peut trouver des systèmes de reproduction très satisfaisants pour un prix raisonnable. 

    La stéréophonie 

    La stéréophonie est le terme communément employé pour désigner ce que nous devrions nommer la stéréophonie à deux canaux. 

    Les différences d’information entre ces deux canaux, composées de différences d’intensité ou de différences de temps (indépendantes de la fréquence cette fois), reproduisent en partie les informations que l’on a en écoute naturelle mais pas totalement. Pour une écoute sur enceintes, l’espace sonore se situe entre les deux enceintes et en profondeur. On appelle ces sources, perçues là où il n’y en a aucune au sens physique du terme, des sources fantômes. L’acoustique du lieu d’écoute joue ici un rôle déterminant [1] pour la perception de la profondeur, la diffusion du signal dans la salle d’écoute provoquant un enveloppement naturel. 

    La magie du son sur enceinte tient d’ailleurs à l’ambiguïté qu’elles nous font ressentir. Nous les entendons comme des sources réelles si elles diffusent un son direct, mais nous entendons un espace différent de celui de la pièce dans laquelle nous sommes si elles diffusent des réverbérations plus longues que celle de cette pièce. Il en résulte un mixte entre la réalité de la diffusion et la fiction de ce qui est représenté, qui est commun à d’autres formes de représentation : peinture, sculpture, photo, etc. 

    Au casque, les sons directs sont localisés entre l’oreille gauche et l’oreille, la plupart du temps à l’intérieur de la tête. 

    Certains sujets peuvent néanmoins percevoir le son à l’extérieur de leur tête, mais cette capacité plutôt rare est plus généralement associée au son binaural que nous verrons plus tard. On peut en déduire cependant que la stéréophonie possède déjà une partie des informations que l’on peut développer en binaural. 

    Cette technique a l’avantage de la simplicité puisqu’elle fonctionne au casque et sur enceinte, tout en ne nécessitant que la transmission de deux canaux. Sur un bon système d’écoute, que ce soit au casque ou sur enceintes, elle permet une appréhension du son qui peut déjà être vraiment satisfaisante. Pour autant, elle a ses limites. 

    Le service audiovisuel du conservatoire de Paris s’intéresse depuis les années 90 au développement de nouvelles techniques de prise de son et de postproduction permettant de restituer un espace sonore en 3 dimensions plus proche de l’écoute naturelle. Par rapport à la stéréophonie à deux canaux, il existe plusieurs voies d’amélioration. 

    Le son multicanal 

    En multipliant les enceintes, on peut à la fois multiplier les directions de provenance des sons directs et créer une réverbération dont la complexité est plus importante. C’est ce que l’on appelle le son multicanal. 

    L’évolution du son multicanal est liée à l’histoire du cinéma. Même si expérimentalement, de nombreux systèmes ont été testés, ceux qui ont une existence commerciale sont liés à la diffusion des films, du 5.1 au Dolby Atmos. Cette culture de l’espace sonore au cinéma s’oppose en partie à la stéréophonie à deux canaux car les conditions d’écoute différent. 

    Si l’on veut percevoir une image stéréophonique dans toutes ses subtilités, la norme impose une situation d’écoute où l’auditeur est placé à la même distance des enceintes que celle qui existe entre les enceintes, l’auditeur et les enceintes formant donc les trois sommets d’un triangle équilatéral. Si l’auditeur se déplace sur la gauche, l’ensemble des sources se déplace plus ou moins sur la gauche et idem à droite. Il existe donc une zone d’écoute idéale où l’image sonore est correctement restituée, c’est ce que l’on appelle le «sweet spot». 

    Dans une salle de cinéma, la zone d’écoute est tellement grande que la notion de «sweet spot» ne peut être mise en œuvre. Il faut donc développer des systèmes d’écoute où l’essentiel de l’esthétique sonore est conservé quelle que soit la place que l’on occupe. D’où l’idée d’une enceinte centrale diffusant les dialogues. Cette enceinte étant une source réelle, l’auditeur la localisera à sa place au centre de l’écran quel que soit son positionnement dans la salle. De manière générale, l’esthétique de ces systèmes est basée sur des positions de sources moins précises qu’en stéréophonie à deux canaux mais plus résistantes à la différence de placement des auditeurs. 

    La spatialisation des bandes sons a commencé avec un système possédant une enceinte centrale C, une enceinte gauche L, une enceinte droite R et un canal d’ambiance S (pour Surround). Le canal Surround est destiné à favoriser l’enveloppement, c’est-à-dire la sensation que l’action sonore se déroule autour de nous et pas seulement devant nous. 

    Ce système a progressivement évolué vers deux canaux d’ambiances indépendants gauche et droit : Ls et Rs, trouvant son équivalent domestique dans les systèmes 5.1 (LRC Lfe LsRs), le .1 désignant le canal dédié aux très basses fréquences (inférieures à 80 Hz) désigné par Lfe. 

    On peut conjuguer le format 5.1 et l’utilisation des sources fantômes pour développer une imagerie spatiale plus réaliste que la stéréophonie à deux canaux, applicable à la reproduction de la musique. Le déploiement dans l’espace de la réverbération peut par exemple être mieux rendu. Par ailleurs, cela ouvre aussi la possibilité d’élargir l’image frontale en positionnant des sources à gauche de L et à droite de R, créant ainsi des scènes sonores plus larges que ce que l’on peut faire en stéréophonie à deux canaux. 

    Les systèmes 5.1 différencient mal les côtés et l’arrière. D’où l’idée du système 7.1, avec deux canaux latéraux SL et SR à + ou – 90° et deux canaux arrière LS et RS à + ou – 150°. Ce système permet des localisations de sources fantômes plus précises sur les côtés et à l’arrière. 

    Partant de là, il ne reste plus qu’à rajouter de l’élévation pour être réellement en 3D. On peut citer le format 7 + 4, avec 4 canaux à 45° d’élévation, + ou – 45° à l’avant (notés TL pour top L et TR pour top R), + ou – 135° à l’arrière (TRL Top Rear L et TRR). Mais il existe tellement de variantes dans la disposition des enceintes que les constructeurs ont été conduits à utiliser le mode objet. 

    L’audio orienté objet (Object Based Audio ou OBA) 

    Un objet audio est un son dont la spatialité est définie par son azimut et son élévation. Cet azimut et cette élévation peuvent varier au cours du temps et il existe des systèmes permettant d’enregistrer et de relire ces variations. 

    Pour réaliser cette position en azimut et en élévation sur un système de restitution, il est nécessaire d’insérer un nouveau maillon dans la chaîne audio : le moteur de rendu. 

    L’industrie du cinéma utilise ces techniques d’audio orienté objet et de moteur de rendu pour ne pas avoir à réaliser plusieurs mixages du même film. Le nombre d’enceintes présentes dans les salles de cinéma dépend complètement de la taille de la salle et de son niveau d’équipement. Les firmes Dolby et DTS utilisent deux systèmes différents basés sur un mélange de multicanal et de mode objet leur permettant de s’adapter à ces différentes salles et de diffuser pour les conditions d’écoute domestiques plusieurs versions du même mix : stéréophonique et 5.1 (et même 7.1 pour DTS). 

    Il existe maintenant une norme libre de droit : l’Audio Definition Model, permettant de coder notamment du multicanal et du mode objet en adaptant la diffusion à différents systèmes grâce à un moteur de rendu. Ceci permet aussi de lire du 5.1 sur un système 7.1 et vice versa et plus généralement de passer d’un système multicanal à un autre. 

    L’article en lien [2] décrit les différents systèmes de prise de son permettant d’utiliser ces modes. Le service audiovisuel du Conservatoire produit des enregistrements depuis plusieurs années de cette façon, en utilisant notamment des rendus lisibles par des systèmes de reproduction courants à deux canaux : le binaural et le transaural, et un rendu 5.1 lisible dans les studios d’écoute de la médiathèque du Conservatoire. (lien vers les productions). Ces productions ont été réalisées avec des outils de spatialisation (TranPan, BiPan et MyBino) développés par le Service audiovisuel. 

    Le binaural et le transaural 

    Ces deux modes d’écoute sont similaires car ils reproduisent tous les deux les signaux présents au niveau des oreilles en écoute naturelle. Le binaural le fait pour l’écoute au casque, le transaural pour une écoute sur haut-parleur. 

    La restitution de l’information présente en écoute naturelle est réalisée par un filtrage correspondant à l’action de la tête et des pavillons sur l’onde, associé à un retard, tous deux correspondant à une direction donnée (cf. Fig. 2). Ces filtrages sont nommés HRTF (Head Related Transfer Function). Ce que l’on cherche à atteindre avec cette synthèse de filtrage, c’est la même sensation sonore que l’on a en écoute naturelle, c’est-à-dire un son provenant de l’extérieur de la tête (externalisation). 

    Fig 4. Principe du système de filtrage pour obtenir un son binaural (à gauche) Fenêtre d'un moteur de rendu binaural indiquant la position des différents objets (à droite). 
    Fig 4. Principe du système de filtrage pour obtenir un son binaural (à gauche) Fenêtre d’un moteur de rendu binaural indiquant la position des différents objets (à droite). 

    L’externalisation est plus aisée sur les côtés qu’en face de soi. Deux facteurs l’expliquent : l’absence des mouvements de la tête et le fait que les modifications de l’onde par l’action de la tête et des pavillons sont propres à chacun. 

    Pour que l’illusion fonctionne pour chacun d’entre nous, on doit individualiser les HRTF et c’est un point important de la recherche sur le binaural. Par ailleurs, une étude menée au Conservatoire [3] montre que l’on améliore grandement l’externalisation pour les sources qui ne sont pas sur les côtés en utilisant un dispositif nommé “headtracker”, qui suit les mouvements de la tête et qui permet d’adapter les filtrages de telle manière que les sources restent à leur place, comme dans la réalité, lorsque l’auditeur bouge la tête. 

    Le Conservatoire a collaboré à la création d’un moteur de rendu binaural [MyBino] avec headtracker [Hedrot], lui permettant à la fois de poursuivre ses recherches et de produire des contenus audio en OBA. Pour utiliser le headtracker, il est nécessaire de lire un fichier multipiste (multicanal/objet), pour que chacun des sons soit traité en temps réel en fonction de la position de la tête de l’auditeur. 

    Le transaural 

    Le principe du procédé transaural est de délivrer un signal binaural pour l’auditeur, tout en diffusant sur enceintes. Sur haut-parleur, le haut-parleur droit délivre une information à l’oreille droite mais également à l’oreille gauche et le haut-parleur gauche délivre une information à l’oreille gauche mais également à l’oreille droite. Pour reproduire un signal binaural, il est donc nécessaire de procéder à une annulation de ces trajets croisés. C’est ce que l’on nomme : Cross-Talk Cancellation, ou CTC. L’annulation des trajets croisés est réalisée par une série de filtres. Cette approche permet de positionner des sources sonores en dehors de la base stéréophonique matérialisée par les 2 haut-parleurs. 

    Fig 5. Principe du procédé transaural 
    Fig 5. Principe du procédé transaural 

    Le Conservatoire a collaboré à la création d’un moteur de rendu transaural, TransPan [4]. Ce moteur de rendu est optimisé pour donner la meilleure qualité possible d’un point de vue sonore. Les filtres ont été travaillés pour permettre à la fois la meilleure efficacité spatiale et le meilleur respect des timbres. 

    Ce moteur de rendu possède une sortie binaurale et peut délivrer simultanément les deux types de signaux. On peut par ailleurs utiliser plusieurs moteurs de rendus (Transpan et MyBino, par exemple), en alimentant les deux moteurs avec les mêmes sources. 

    Conclusion 

    Le binaural et le transaural peuvent être diffusés sur deux canaux, comme un enregistrement stéréophonique traditionnel. 

    Certains lecteurs de médias comme VLC lisent le format 5.1 et les conditions de diffusion de la musique évoluent, et parfois rapidement, comme le montre le passage du support physique au streaming. La diffusion en Dolby Atmos est par ailleurs une réalité courante impliquant un moteur de rendu. Ces recherches débouchent donc vers des applications. 

    Au-delà de ces applications pratiques, il est important de comprendre comment les médias conditionnent notre perception. S’agissant du Conservatoire, la compréhension de l’action de ce conditionnement sur la perception de la musique est un enjeu pédagogique essentiel. 

    Références 

    [1] AES Londres 2000. JC. Messonnier ; A. Moraud
    [2] AES Paris OBA – Méthodes d’enregistrement en Audio Orienté Objet
    [3] JASA E. Hendryckx
    [4]Sao Paulo, et autres sur Transpan – Utilisation de techniques binaurales et transaurales en prises de son et en post-productions multicanales 5.1. 

    Les ressources pour la recherche du service audiovisuel 

    Méthodes de prise de son en multicanal / Objets 

    Paru dans les Cahiers de Louis Lumière en septembre 2022.

    Auteurs : Jean-Christophe Messonnier, Jean-Marc Lyzwa et Alexis Ling, Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris 

    Résumé : Depuis les années 1990, le service audiovisuel du Conservatoire de Paris travaille sur les systèmes de captation et de restitution de l’espace sonore dédiés à l’enregistrement de la musique. Ces recherches ont abouti à des méthodes adaptées à l’audio 3D, comme l’intégration du mode multicanal/objet, le contrôle du mixage via un rendu binaural avec headtracker, ou des techniques transaurales. En parallèle, nous avons pratiqué sur de nombreuses productions des systèmes de captation permettant de post-produire sous ces formats. L’évolution récente des moyens de diffusion audio et audiovisuelle comme le développement du format Dolby Atmos pour la musique donnant une actualité à ces méthodes, il a semblé opportun de faire un point sur celles-ci, en décrivant les différentes raisons de cette démarche. 

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    Méthodes d’enregistrement en Audio Orienté Objet 

    Présenté à la 140th Convention les 4-7 juin 2016 à Paris, France 

    Auteurs : Jean-Christophe Messonnier, Jean-Marc Lyzwa, Delphine Devallez et Catherine de Boishéraud 

    Résumé : Le nouveau standard ADM permet de définir un fichier audio comme étant orienté objet. Au milieu de beaucoup d’autres fonctionnalités, l’azimut et l’élévation peuvent être spécifiés pour chaque « objet » audio. Il est alors possible de construire une scène sonore indépendamment du système de reproduction.
    Cela signifie que cet enregistrement orienté objet pourra être restitué sur un système 5.1, un système binaural, ou tout autre système d’écoute. Dans le cas d’un système d’écoute binaurale, cela donne aussi l’opportunité d’interagir avec le contenu, car un suiveur de position de la tête (headtracker) peut être utilisé pour changer l’information binaurale en fonction de l’orientation de l’auditeur. Ce document décrit comment réaliser un tel enregistrement orienté objet. 

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    Surround and 3D-audio production on two-channel and 2D-multichannel loudspeaker setups 

    Conférence donnée le 19 septembre 2015 dans le cadre de la 3rd International Conference on Spatial Audio (ISCA), à GRAZ, Autriche. 

    Auteurs : Alexis Baskind, Thibaut Carpentier, Jean-Marc Lyzwa, Olivier Warusfel 

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    Binaural and transaural spatialization techniques in multichannel 5.1 production 

    (Techniques de spatialisation binaurale et transaurale en production multicanal 5.1).
    Conférence donnée le 22 novembre 2012 dans le cadre de la : 27th TONMEISTERTAGUNG – VDT INTERNATIONAL CONVENTION, Cologne, November, 2012 

    Auteurs : Alexis Baskind, Thibaut Carpentier, Markus Noisternig, Olivier Warusfel, Jean-Marc Lyzwa 

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    Présentation des études des formats d’écoute en multicanal 

    Réalisées dans le cadre de la 8ᵉ Semaine du Son, par le Conservatoire de Paris et l’Ircam. 

    Ircam, Espace de projection
    Vendredi 21 janvier 2011 

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    Utilisation de techniques binaurales et transaurales en prises de son et en post-productions multicanales 5.1. 

    Conférence AES – Sao Paulo – Brésil – mai 2009
    Jean-Marc LYZWA : Ingénieur du son
    Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (Cnsmdp) 

    Alexis BASKIND : Réalisateur en informatique musicale et ingénieur du son 

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    Ears Wide Open – Journées d’études sur l’audio 3 D 

    Rennes –  11-12-13 mars 2008 

    Alexis Baskind (IRCAM) et Jean-Marc Lyzwa (CNSMDP) – Utilisation de techniques binaurales/transaurales mixtes en post-production 5.0 et 5.1 : principes esthétiques et illustrations sonores tirées de travaux sur Repons de Pierre Boulez, Atlantis et Shadows de Peter Eötvös 

    À la suite de la conférence donnée par Alexis Blaskind à Rennes lors du colloque organisé par l’AES, la SFA et l’université de Rennes sur l’enregistrement en multicanal, l’université de Rennes met en ligne sur son site internet l’ensemble des conférences des journées. 

    Réflexion sur la prise de son et la post-production en multicanal 5.1 (2007) 

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    La compression du niveau sonore (2006) 

    La Semaine du son organise chaque année des journées destinées à faire découvrir au grand public les différentes problématiques liées au son. Lors de sa troisième édition (du 10 au 14 janvier 2006) le Conservatoire a participé à la journée autour de la prise de son multicanal et de la sonorisation à Radio France. L’exposé qui va suivre est une version multimédia de la conférence donnée à cette occasion. 

    Prise de son et restitution multicanal en 5.1 , problématique d’une œuvre spatialisée : Répons , Pierre Boulez  (2005) 

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    Utilisation de techniques binaurales et transaurales en production multicanal 5.1 

    7ème forum international du son multicanal – CNSMDP – 4 et 5 novembre 2004 

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    Comparaison de systèmes de prise de son multicanaux 

    mémoire de fin d’étude FSMS (2001) 

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    Utilisation d’une rampe microphonique circulaire, pour la prise de son et la post-production de sources sonores réparties sur 360° et destinées à un système de restitution multicanal 5.1 

    Workshop de la 108ᵉ convention de l’AES-Paris- février 2000 

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    Auditory distance perception: criteria and listening room 

    Jean-Christophe Messonnier and Alban Moraud
    Audio Engineering Society – Convention Paper
    Presented at the 130th Convention – 2011 May 13–16 London, UK 

    This paper is the result of a series of listening experiments carried out to investigate the correlation between auditory distance and two criteria : the ratio of direct to reverberant sound energy and the clarity C80. In the first section of this paper, we will determine which of the two criteria is more efficient. The second section compares the values of these criteria when the same signal is played on a well damped control room loudspeaker system and when it is played on a domestic stereophonic loudspeaker system. A second series of listening experiments shows how the auditory distance is perceived in both cases. 

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    Compte-rendu des résultats de test de méthodologie d’évaluation de différents dispositifs de captation 

    Projet BILI – Catherine Colomes (Orange)
    Aout 2015 

    Le but de cette méthodologie est d’amener l’auditeur à localiser sur un dessin ce qu’il entend, aussi bien les sources sonores que leurs éventuels déplacements. Pour cela, un schéma de sa tête est positionné au centre d’une feuille de papier calque posée sur une feuille de papier millimétré. 

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    L’audio orienté objet et la scène sonore 

    L’émergence des techniques de virtualisation ouvrent de nouvelles possibilités de production du son. MyBino est un plug-in développé par le Conservatoire de Paris et l’école Polytechnique permettant de construire une scène sonore virtuelle. Ces techniques relèvent à la fois du binaural et de l’audio orienté objet (Object Based Audio : OBA). 

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    Le head-tracker, une solution pour l’écoute 3D au casque ? 

    La synthèse binaurale permet de recréer une scène sonore 3D réaliste à l’aide d’un casque audio. Ainsi, en fermant les
    yeux, l’utilisateur pourra percevoir un violon en face de lui, une clarinette sur sa gauche, ou encore un avion volant au-dessus de sa tête (contrairement à l’écoute stéréophonique au casque traditionnelle, dans laquelle les sources sonores ne peuvent être perçues qu’à l’intérieur de la tête, étalées le long d’une ligne fictive entre les deux oreilles). 

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    Improvement of Externalization by Listener and Source Movement Using a “Binauralized” Microphone Array 

    ETIENNE HENDRICKX, PETER STITT, AES Associate Member, JEAN-CHRISTOPHE MESSONNIER, JEAN-MARC LYZWA, BRIAN F.G. KATZ AND CATHERINE DE BOISHERAUD 

    Several studies report a collapse of externalization when listening to binaural content using non-individualized HRTFs. In other words, sound sources tend to be perceived inside the head when they should be perceived outside the head, as in the real acoustic world. A previous experiment, conducted with experienced subjects, revealed that large head movements coupled with a head tracking device could substantially improve the externalization of a speech stimulus,
    recorded in slightly reverberant conditions with a six-channel microphone array and then “binauralized” for headphones as six virtual loudspeakers around the subject (one loudspeaker per microphone signal). In the present study a similar experiment was conducted with subjects having no previous experience with binaural audio. Similar improvements were found. In an additional condition the roles were reversed: the subjects’ heads remained stationary while the sound sources were automatically moved around subjects. Results showed that source movements without tracking can also enhance externalization but to a lesser extent than headtracked movements. 

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    Influence of head tracking on the externalization of speech stimuli for nonindividualized binaural synthesis 

    Etienne Hendrickx, Peter Stitt, Jean-Christophe Messonnier, Jean-Marc Lyzwa, Brian FG Katz and Catherine de Boisheraud 

    (Received 5 August 2016; revised 28 February 2017; accepted 2 March 2017; published online 22 March 2017)
    Binaural reproduction aims at recreating a realistic audio scene at the ears of the listener using headphones. In the real acoustic world, sound sources tend to be externalized (that is, perceived to be emanating from a source out in the world) rather than internalized (that is, perceived to be emanating from inside the head). Unfortunately, several studies report a collapse of externalization, especially with frontal and rear virtual sources, when listening to binaural content using nonindividualized Head-Related Transfer Functions (HRTFs). The present study examines whether or not head movements coupled with a head tracking device can compensate for this collapse. For each presentation, a speech stimulus was presented over headphones at different azimuths, using several intermixed sets of non-individualized HRTFs for the binaural rendering. The head tracker could either be active or inactive, and the subjects could either be asked to rotate their heads or to keep them as stationary as possible. After each presentation, subjects reported to what extent the stimulus had been externalized. In contrast to several previous studies, results showed that head movements can substantially enhance externalization, especially for frontal and rear sources, and that externalization can persist once the subject has stopped moving his/her head. 

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    L’audio orienté objet : une solution face à la multiplicité des formats 

    COLIN Etienne
    Aix-Marseille Université – Département Sciences, Arts et Techniques de l’Image et du Son
    Mémoire de Master « Cinéma et Audiovisuel » – 2018-2019
    Travail réalisé sous la direction de : Frédéric BELIN – mars 2019.

    Aujourd’hui, les producteurs de contenus audiovisuels sont en constante recherche de nouvelles expériences utilisateurs pour répondre à la demande. Dans l’optique de diffuser un son toujours plus impressionnant, les producteurs se sont tournés très tôt vers des standards dits plus immersifs. Il en résulte une multiplication considérable des livrables (Stéréo, 5.1, Binaural, AC3 …) pour une même production. Or, tous ces standards d’écoute sont devenus difficiles à gérer entre eux. L’absence de compatibilité force les chefs opérateurs du son à différencier les workflows et leurs mixages sont détériorés par l’absence d’un dispositif de prise de son adapté et par des downmixs qui altèrent l’immersion et la précision dans l’espace. Le développement du son « orienté objet » semble apporter des solutions concrètes concernant la compatibilité entre les différents formats et l’interopérabilité d’une scène sonore. En effet, le concept d’objet sonore, largement démocratisé ces dernières années, incarne son innovation dans l’invariabilité de la scène sonore. Grâce aux métadonnées intégrées à l’objet sonore, les mécanismes de restitution ou moteurs de rendus peuvent reproduire, recréer le mixage en s’adaptant aux conditions de restitution. Son fonctionnement implique cependant un bouleversement dans la manière de produire révolutionnant ainsi la chaîne de travail, des dispositifs de prise de son aux systèmes de restitution. L’enjeu d’une architecture de référence pour la production orientée objet contribuerait à évangéliser les professionnels du son quant aux potentialités créatrices offertes par cette nouvelle approche mais aussi à les initier aux nouveaux outils ainsi qu’aux nouvelles manières de produire qui en découlent. Outre certains défis techniques et la mise en concurrence des sociétés privées pour un standard unique, le véritable enjeu de l’implémentation d’un modèle objet repose sur la mise en place d’une économie et d’une culture de production en mode objet. 

  • Guide de l’édition musicale numérique

    Guide de l’édition musicale numérique

    Guide pratique à destination des musicologues, chercheurs, étudiants et praticiens souhaitant concevoir une édition musicale numérique conforme aux standards scientifiques actuels (Open Access, principes FAIR, interopérabilité).

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    1. Contexte et enjeux

    L’édition musicale numérique s’impose progressivement dans le paysage musicologique international, portée par des projets nationaux et européens ambitieux. Ce guide, issu des travaux du Consortium-HN MUSICA2 (Huma-Num) depuis 2023, vise à accompagner l’ensemble du processus éditorial, de la conception à la diffusion, en fournissant recommandations, bonnes pratiques et ressources opérationnelles.

    Le contexte économique de l’édition musicale est sous tension : hausse du coût du papier, concentration des circuits de distribution, ralentissement des acquisitions bibliothécaires. L’édition numérique répond à ces défis en réduisant les coûts de production tout en offrant accessibilité, personnalisation et pérennité. Le coût de référence estimé par le projet Gesualdo Online s’établit autour de 250 €/page (format A4), de l’acquisition documentaire à la mise en ligne.

    Le guide insiste sur la distinction fondamentale entre édition numérisée (simple scan ou PDF) et édition numérique reposant sur des fichiers encodés, interopérables et sémantiquement exploitables. Seule cette seconde catégorie relève d’un véritable paradigme numérique.

    2. Outils et formats d’encodage

    Logiciels de notation

    Le paysage logiciel est en mutation profonde. Fin 2024, Finale (MakeMusic) a annoncé l’arrêt de ses mises à jour, et Sibelius (Avid) présente des signaux similaires d’abandon progressif. Ces deux logiciels, longtemps dominants, ne constituent plus des solutions pérennes. Le tableau suivant synthétise les principaux outils disponibles :

    LogicielTypeExport MEIStatut (2025)
    FinalePropriétaireNon (natif)Abandonné
    SibeliusPropriétaireVia plugin sibmeiIncertain
    MuseScoreOpen SourceOui (natif)Recommandé
    DoricoPropriétaireNonActif
    LilyPondOpen SourceNonActif
    NoteflightWebNon (MusicXML)Limité

    MuseScore s’impose désormais comme le logiciel privilégié grâce à son export MEI natif, sa gratuité et sa communauté active. LilyPond reste une référence pour la qualité typographique et les notations complexes.

    Formats d’encodage

    Trois formats structurent l’écosystème de l’encodage musical numérique :

    • MusicXML : standard d’interopérabilité entre logiciels, largement supporté mais verbeux (plusieurs centaines de lignes de code par mesure) et lacunaire sur les métadonnées.
    • MEI (Music Encoding Initiative) : format Open Source dérivé du TEI (1999-2000), recommandé pour toute édition critique numérique. Il permet la coexistence d’un rendu graphique (SVG via Verovio) et d’une exploitation analytique des données. Son header intègre les métadonnées selon les standards bibliographiques (modèle FRBR, référentiels VIAF, RISM, Wikidata, Geonames).
    • Humdrum : environnement d’analyse computationnelle (créé en 1995), particulièrement adapté aux grands corpus et aux musiques non occidentales. Le format **kern est régulièrement utilisé dans des projets de recherche.
    • PDF : format figé, sans exploitation sémantique possible ; ne constitue pas une édition numérique au sens scientifique du terme.

    Outils d’édition et de conversion

    OutilFonction
    VerovioVisionneuse MEI → rendu SVG, développée par le RISM Digital Center
    MEI-friendÉditeur et validateur MEI en ligne (Université de Vienne)
    Audiveris / OMRReconnaissance optique de musique (OMR), intégrée à MuseScore
    AruspixOMR pour musique ancienne, collatio de sources
    CollabscoreOMR combinant deep learning et modélisation musicale (France)
    meicoConvertisseur MEI vers autres formats (Java)
    MEI GarageInterface de conversion et modification de fichiers MEI
    Music21 / CRIMAnalyse computationnelle de corpus MEI (Python)

    3. Aspects juridiques et éditoriaux

    L’encodage MEI permet de formaliser les responsabilités éditoriales via la balise <respStmt>, en distinguant éditeur, graveur, relecteur et contributeurs (étudiants, chercheurs). L’usage de l’identifiant ORCID est recommandé pour créditer les auteurs. La licence Creative Commons CC BY-NC-SA 4.0 constitue le cadre juridique de référence pour les éditions en accès libre.

    Les modèles économiques restent complexes : l’Open Access, exigé par les financeurs européens, s’oppose à la nécessité de rentabilité. Le modèle hybride du CMBV (partitions gratuites en ligne, location pour concerts) représente une piste prometteuse. Le lien avec les Industries Culturelles et Créatives (ICC) — plateformes de streaming, enregistrement — constitue un enjeu stratégique pour la visibilité des éditions.

    4. Conception d’une édition numérique

    Données musicales et modèle de présentation

    La diversité des notations (musique ancienne, tablatures, musique contemporaine post-1945, traditions orales) impose des choix éditoriaux précis. Des modules spécifiques existent : ReTab pour les tablatures en MEI, Gregorio pour la monodie liturgique. Pour les musiques postérieures à 1945, la singularité des symboles contemporains rend difficile la systématisation de l’encodage.

    Le modèle éditorial doit arbitrer entre signes essentiels (hauteurs, rythmes, nuances) et signes complémentaires (ficta, ligatures, ornements) afin d’équilibrer lisibilité sémantique et fidélité à la source. L’édition numérique n’est pas une édition traditionnelle digitalisée : sa valeur réside dans la sémantisation de données musicales auparavant inaccessibles.

    Liens avec la source et annotation

    Le protocole IIIF est le standard recommandé pour la numérisation et la mise en ligne des sources musicales. Il permet la comparaison de partitions entre collections, le zoom haute résolution sur les manuscrits et l’adressage précis de fragments via URL. Des projets comme le Polish Music Heritage articulent numérisation IIIF, encodage MEI et métadonnées interopérables en un modèle exemplaire.

    Les espaces d’annotation (apparat critique, variants, notes) doivent être pensés dès la conception. Le projet Gesualdo Online (RicercarDataLab) illustre un dispositif d’annotation collaborative avancé : affichage des variants, gestion des permissions utilisateurs, synchronisation audio-encodage.

    Cycle de vie des données et hébergement

    InfrastructureDescription
    Nakala (Huma-Num)Entrepôt FAIR pour les SHS françaises
    NEUMA (Huma-Num)Bibliothèque numérique de corpus musicaux
    ZenodoDépôt ouvert, DOI pérenne
    Machines virtuelles universitairesHébergement institutionnel local

    La distinction entre édition numérique et base de données est cruciale : un excès de métadonnées et de références croisées risque de diluer l’information musicale principale. Il convient de définir en amont la finalité du projet (analytique, historiographique, patrimoniale) pour choisir l’architecture adaptée.

    5. Checklist synthétique

    Avant publication, l’éditeur doit valider les points suivants : définition du corpus et choix diplomatique/critique ; accès aux sources et respect du protocole IIIF ; choix du logiciel (MuseScore recommandé) et du format (MEI recommandé) ; renseignement complet du header MEI (RISM ID, VIAF, ORCID, licence CC) ; validation du fichier dans MEI-friend ; qualité du rendu dans Verovio ; stratégie d’annotation des variants ; identification d’un entrepôt de dépôt pérenne (Nakala, Zenodo) ; référencement et visibilité de l’édition.

  • Les métiers de la facture instrumentale

    Secteur de petites structures où coexistent très petites entreprises, artisans indépendants et quelques manufactures, la facture instrumentale française doit relever les défis majeurs de transmission des savoir-faire tout en valorisant ses excellences reconnues mondialement.

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    Un secteur fondé sur la diversité et l’excellence

    Le secteur regroupe des facteurs, réparateurs et restaurateurs travaillant des guitares, pianos, instruments à vent, orgues, percussions, accordéons, harpes et instruments du quatuor. Chaque famille demande des compétences très spécialisées combinant maîtrise du geste, connaissance des matériaux et écoute acoustique.

    La guitare affiche la croissance la plus remarquable : le nombre de luthiers est passé de 100 à 500 en vingt ans. Certains adoptent une approche « semi-artisanale » combinant machines numériques et travail manuel, produisant 250-500 guitares/an. Les manufactures d’instruments à vent constituent des fleurons mondiaux : Henri SELMER Paris et Buffet Crampon (85 % du marché professionnel mondial) dominent depuis Mantes-la-Ville, maîtrisant usinage de précision, interventions manuelles, expertises et réglage final par musiciens professionnels.

    Les enjeux critiques de transmission

    Au-delà de la formation initiale (CAP et BMA), la maîtrise s’acquiert par années d’apprentissage en atelier. Nombreux luthiers peinent à recruter en raison des coûts d’accueil. L’ITEMM propose une formation continue limitée à certaines familles d’instruments.

    Des savoir-faire sont identifiés comme « rares » : haute technicité, faible nombre d’entreprises, matériaux rares ou réglementés, absence de formation suffisante. La fabrication complète de pianos a pratiquement disparu en France. À l’inverse, l’archèterie demeure une excellence française depuis le XIXᵉ siècle, pérennisée par des professionnels et l’ITEMM. Le programme Maîtres d’art de l’Institut National des Métiers d’art (15 maîtres en activité en 2023) accompagne financièrement des apprentis pendant trois années.

    Valorisation et perspectives de développement

    La valorisation emprunte plusieurs chemins. Les musiciens professionnels et conservatoires prescrivent les fabricants français mondialement. Les événements culturels jouent un rôle majeur : ouverture des ateliers aux Journées Européennes des Métiers d’Art, expositions, masterclasses et créations en direct lors de festivals. Les labels (EPV, Label des Luthiers et Facteurs de France créé en 2022) et le dispositif Meilleur Ouvrier de France valorisent collectivement le secteur.

    La pratique musicale connaît un regain depuis les confinements. Les ventes numériques d’instruments d’entrée de gamme et d’outils de création musicale s’accroissent. Les dispositifs publics (Orchestre à l’école, Démos, Pass Culture) soutiennent l’apprentissage. Environ 18 % de Français se déclarent musiciens amateurs.

    La nouvelle lutherie – instruments innovants et non conventionnels – démocratise l’accès : résonateurs augmentés (Voix du Luthier), handpans (Metal Sounds), instruments stérilisables pour contextes hospitaliers (Titanium Sound), instruments électroniques expressifs (Expressive E), synthétiseurs modulaires et virtuels.

    Défis environnementaux et innovation

    L’approvisionnement en bois pose des enjeux critiques. Espèces inscrites à la CITES, contrôles frontaliers renforcés (États-Unis, Australie, Union européenne, Japon, Chine) et Règlement sur la Déforestation de l’UE intensifient les restrictions. Les épicéas d’altitude, essentiels à de nombreux instruments, fragilisent sous le changement climatique et les infestations de scolytes. Les réglementations REACH et RoHS limitent les substances chimiques dans les colles, vernis et cordes.

    L’ITEMM soutient la transition écologique via quatre axes : transition écologique et énergétique, transition technologique (prototypage virtuel), culture et patrimoine (numérisation), et services aux entreprises. La recherche acoustique française (Laboratoire d’Acoustique Musicale depuis 1963, IRCAM depuis 1970) fournit des outils logiciels (Modalys, Resonans, MAESSTRO, PianoTeQ) permettant la prédiction acoustique, l’optimisation et la synthèse sonore, mutualisés par l’ITEMM auprès des artisans.

    Conclusion

    La facture instrumentale française incarne une excellence reconnue mondialement, traversant une période de transformation. Transmission des savoir-faire, adaptation aux contraintes écologiques, évolution des expériences de vente et d’atelier, et innovation technologique constituent les leviers pour pérenniser ce patrimoine vivant.

  • Scénarios prospectifs pour orienter la transition

    Scénarios prospectifs pour orienter la transition

    L’étude SPOT du CNMlab explore quatre futurs possibles de la filière musicale française à l’horizon 2050, face aux défis climatiques et environnementaux. Elle quantifie l’impact actuel de la musique (3,7 MtCO₂e) et propose des trajectoires de transformation radicalement différentes.

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    Contexte et méthodologie

    Le CNM, en partenariat avec le cabinet Ramboll et l’ADEME, a mené une étude prospective couplant diagnostic carbone et analyse des risques climatiques. Basée sur 12 entretiens d’experts, une revue documentaire et trois ateliers collaboratifs (2023-2024), l’étude identifie les émissions de la filière, les enjeux d’adaptation et formule quatre scénarios contrastés pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

    L’écosystème musical, fragmenté entre spectacle vivant, musique enregistrée, création musicale et facture instrumentale, représente environ 1 % des émissions territoriales françaises. Le marché numérique domine les émissions (streaming, data centers), suivi du spectacle vivant (déplacements publics et artistes).

    État des lieux : vulnérabilités actuelles

    L’exposition de la filière aux risques climatiques est déjà manifeste. Les festivals subissent des annulations et des surcoûts assurantiels croissants ; en 2023, treize festivals ont subi des annulations partielles. Les salles et les studios d’enregistrement localisés en zones côtières ou dans des bâtiments mal isolés font face à des menaces d’inondation et de surchauffe. Le marché physique des instruments souffre de ruptures d’approvisionnement en essences rares (bois de Pernambouc) et minéraux critiques.

    Les tensions sur les ressources s’ajoutent aux enjeux carbones. La filière dépend fortement de métaux rares pour les instruments et équipements électroniques ; d’ici 2050, selon les projections, les volumes de métaux requis atteindront 3 à 10 fois les productions actuelles. L’eau, l’électricité et les télécommunications sont soumises à des risques croissants en périodes de sécheresse.

    Les quatre scénarios 2050

    Scénario 1 : « À bicyclette » – Frugalité (65 % réduction GES)

    Une prise de conscience accélérée suite à des catastrophes écologiques entraîne une contraction économique volontaire. L’État régule fortement via quotas et décarbonation. Les concerts se déploient localement, les artistes se sédentarisent en résidences, le numérique se rationalise (éco-streaming, serveurs régionalisés). Modèle le plus transformateur mais économiquement défiant : de nombreux métiers spécialisés disparaissent, l’intermittence devient précaire. L’accès à la culture reste préservé via des politiques inclusives.

    Scénario 2 : « Come Together » – Sobriété et efficacité (50 % réduction GES)

    Une gouvernance partagée entre État, régions et collectivités impulse une transition progressive. Des réseaux interrégionaux de programmation optimisent les tournées, les festivals intègrent la trame verte urbaine, les transports en commun se renforcent. Le spectacle vivant prospère localement ; la musique enregistrée subit des tensions persistantes sur l’eau et les minéraux. Ce scénario préserve les métiers et l’accès culturel tout en demandant un effort de compensation de 25 % via d’autres secteurs.

    Scénario 3 : « Computer Love » – Polarisation et efficacité (30 % réduction GES)

    La technologie verte prime sur la sobriété. Les grandes villes se densifient, l’IA gère l’adaptation urbaine, le streaming domine (formats HD, data centers optimisés). Mais l’écart se creuse : concerts premium pour élites, contre-culture précarisée en friches urbaines. Les coûts assurantiels et sécuritaires montent drastiquement. Risques importants pour spectacle vivant et facture instrumentale. Nécessite 45 % de compensation externe.

    Scénario 4 : « Harder Better Faster Stronger » – Dominations (15 % réduction GES)

    L’État se désinvestit de la culture, la technologie capture carbone compense l’inaction. La concentration s’accentue : majors et grandes promotrices dominent ; l’exception culturelle française s’érode. L’intermittent du spectacle disparaît, remplacé par des structures omnibus de 360°. La musique devient un marqueur de statut, réservée aux classes mobiles et fortunées. C’est le scénario le moins résilient (60 % de compensation nécessaire), marqué par inégalités accentuées.

    Enjeux prospectifs transversaux

    Trois défis structurants émergent. D’abord, transformer les modèles économiques : il faut approfondir la connaissance carbone de la filière (via outils Seeds, Fairly, bilans carbone plus larges), évaluer la vulnérabilité des sites clés (data centers, SMAC, festivals), et réduire la fragilité des infrastructures via relocalisation et interconnexion aux réseaux de transport.

    Ensuite, repenser la gouvernance et les droits culturels. Les deux premiers scénarios imaginent une gouvernance partagée où les citoyens participent aux choix sur le futur désirable. Des cadres régionaux doivent favoriser l’échange artistique plutôt que la compétition d’attractivité ; les passeports culturels interrégionaux exemplifiés par le projet Better Live en témoignent.

    Enfin, transformer les imaginaires via l’expérimentation. Soutenir des structures pionnières en éco-production (label Ecoprod pour l’audiovisuel), amplifier le rôle fédérateur de la musique pour changer les comportements, et interroger l’impact de l’IA sur les usages musicaux et le patrimoine culturel.

    Conclusion

    L’étude SPOT offre un diagnostic sans équivoque : la transition de la filière musicale ne sera pas marginale, elle est existentielle. Les quatre scénarios ne sont pas des voies privilégiées mais des images du possible pour éclairer les choix politiques et collectifs. Le scénario 1 (frugalité) atteint seul l’effort équitable de réduction carbone sans dépendre d’autres secteurs ; les trois autres exigent une compensation externe croissante, traduisant un « défaut » de transformation.

    Poursuivre l’exploration suppose d’approfondir l’analyse territoriale région par région, d’intégrer l’échelle européenne, et d’impulser un dialogue global sur les imaginaires durables du secteur culturel dans l’espace économique européen.

  • Observatoire de l’égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication (2024)

    Observatoire de l’égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication (2024)

    La culture féminise ses institutions mais peine à traduire cette évolution dans les salaires, les programmations et la consécration artistique. Les inégalités demeurent structurelles, variables selon les disciplines et plus tenaces dans le secteur privé.

    Ministère de la Culture, DEPS — Mars 2024 | 12e Édition

    Cet article est une synthèse réalisée à l’aide d’une IA.

    1. Formation et insertion : un vivier féminin qui s’érode à l’entrée dans la vie active

    Les femmes représentent 63 % des effectifs des écoles de l’enseignement supérieur Culture (36 300 étudiants, 2022-2023), soit nettement au-dessus de la moyenne nationale (56 %). Elles dominent dans les filières patrimoine (80 %), arts plastiques (70 %) et progressent en audiovisuel-cinéma (51 % → 56 % entre 2017 et 2023). Pourtant, leur taux d’insertion professionnelle, bien que proche (92 % F vs 94 % H), ne se traduit pas par une représentation équivalente dans les métiers culturels : elles ne constituent que 46 % des actifs des professions culturelles en 2020. L’érosion est visible dès les premières tranches d’âge dans le spectacle vivant (48 % à 18-24 ans) et l’audiovisuel (52 % puis 46 % à 25-34 ans).

    Certaines professions restent très féminisées — documentation/conservation (72 %), traduction (73 %), professorat d’art (62 %) — tandis que d’autres demeurent masculines : professions audiovisuelles et des spectacles (34 %), architecture (38 %).

    2. Postes de direction : des progrès dans le public, une stagnation dans le privé

    La progression est réelle dans l’administration et les établissements publics, mais inégale selon les structures.

    StructurePart des femmes (janv. 2024)Évolution
    Ministère — chefferie de bureau52 %Stable
    Ministère — directions centrales40 %En légère hausse
    DRAC50 %Retour à la parité de 2015
    Établissements publics (direction la plus haute)42 %+12 pts depuis 2017
    Audiovisuel public (présidences)60 %Stable
    Musées nationaux (direction du musée)65 %Fort
    Structures labellisées création artistique38 %Record historique mais minoritaire
    100 plus grandes entreprises culturelles (PDG/DG)15 %Quasi-stable

    Les contrastes internes sont saisissants : dans le spectacle vivant public, on ne compte qu’une femme pour huit hommes à la tête des établissements publics labellisés. En musique, aucune femme ne dirige un Centre national de création musicale. À l’inverse, les musées nationaux, les centres d’art et les archives sont des espaces où la parité est atteinte ou dépassée. Le secteur privé (top 100 des entreprises culturelles) reste le plus imperméable, avec seulement 15 % de dirigeantes : 10 % dans le livre et la presse, 5 % dans la presse seule.

    3. Rémunération : des écarts persistants et structurels

    Au ministère de la Culture, les femmes représentent 60 % des effectifs mais perçoivent une rémunération mensuelle brute inférieure de 311 € en moyenne (soit –7,3 % du salaire moyen masculin). La décomposition de cet écart révèle que celui-ci est principalement attribuable à l’effet démographique (femmes à grade/échelon inférieurs à carrière identique : –122 €, soit 39 % de l’écart), suivi de la ségrégation de corps (–108 €, 35 %) et du temps partiel (–51 €, 16 %). L’écart indemnitaire pur ne représente que 10 % du différentiel.

    Dans les secteurs culturels privés, l’écart salarial ETP atteint –16 % en 2022 (spectacle et audiovisuel), avec des extrêmes dans la distribution cinématographique (–23 %) et l’édition phonographique (–22 %). Seule l’édition musicale affiche un léger avantage féminin (+3 %). Concernant les droits d’auteur SACD, le revenu moyen des femmes dans le spectacle vivant est inférieur de 41 % à celui des hommes en 2023 — en baisse de 5 points par rapport à 2022, mais à un niveau encore très élevé.

    4. Programmations et médias : une présence en deçà du vivier disponible

    Dans le spectacle vivant et la danse, les femmes représentent 40 % des représentations programmées en 2023-2024. Dans l’opéra, elles ne signent que 7 % des compositions et 12 % des directions musicales. Au cinéma, les réalisatrices de longs-métrages stagnent à 30 % en 2022, chiffre qui progresse très lentement depuis dix ans. Pour les courts-métrages, la proportion est plus favorable (44 %, dont 53 % en animation).

    Dans les médias, la parité s’approche à la radio sur la tranche 6 h–9 h (45 % en 2022) et à la télévision toutes catégories (46 %), mais les femmes restent sous-représentées parmi les rédactrices en chef de presse (41 %), les journalistes sportives à l’antenne (18 %) ou les directrices de station France Bleu (20 %, en recul). Dans les arts plastiques, les acquisitions du FNAC progressent fortement en faveur des femmes (60 % en 2022), mais leur présence parmi les artistes exposées dans les FRAC reste limitée (41 %).

    5. Consécration artistique : une reconnaissance encore très inégale

    La consécration artistique constitue l’angle le plus défavorable aux femmes, avec des écarts historiquement creusés. Depuis 1976, seulement 8 % des films primés aux Césars (meilleur film) ont été réalisés par des femmes — et aucun entre 2010 et 2023. À Cannes, les femmes ne représentent que 5 % des Palmes d’or sur l’ensemble de l’histoire du festival, même si la tendance récente est plus favorable (2 palmes en 2021 et 2023). Aux Victoires de la musique, seulement 10 % des meilleurs albums primés depuis 1985 l’ont été par des femmes.

    Le secteur littéraire offre un tableau plus nuancé : les femmes représentent 54 % des lauréats des grands prix littéraires entre 2020 et 2023 (Goncourt, Renaudot, Femina, etc.), et la parité est atteinte pour la première fois dans les jurys en 2023. En photographie, leur part parmi les primés progresse nettement (47 % en 2023). Dans les Académies françaises, elles demeurent très minoritaires : 14 % à l’Académie française, 9 % à l’Académie des inscriptions et des belles-lettres, 19 % à l’Académie des beaux-arts.

    Points de vigilance et axes d’action prioritaires

    Malgré des avancées réelles dans les instances institutionnelles et les conseils d’administration (parité atteinte dans plusieurs organismes), trois angles morts appellent une attention particulière : l’accès aux aides à la création (les femmes reçoivent systématiquement des montants inférieurs à leurs homologues masculins en musique, théâtre et cinéma), la persistance des inégalités salariales structurelles liées au plafond de verre dans les carrières, et la faiblesse de la représentation féminine dans les directions des grandes structures privées et des institutions musicales. La loi du 19 juillet 2023 portant le quota de primo-nominations féminines à 50 % dans la fonction publique constitue un levier structurant pour les prochaines éditions.